Achim Steiner, le directeur exécutif du PNUE, a passé une partie de sa jeunesse au Brésil. Il évoque ici les questions que devra aborder la communauté mondiale à Rio de Janeiro en juin 2012.
En 1992, le Sommet de la Terre s’imposait comme la tribune du développement durable contemporain. Vingt ans plus tard, à l’heure où le monde se prépare pour Rio+20, le chômage des jeunes apparaît comme une préoccupation majeure.
Au niveau mondial, les jeunes représentent un quart de la main d’œuvre mais ils sont 40 % à être chômeurs. Dans de nombreux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, le chômage des jeunes tourne autour de 23 à 29 % ou plus, facteur qui a joué un rôle dans le Printemps arabe. Dans d’autres régions d’Afrique, le chômage des jeunes peut même atteindre 70 %. Et en Asie, les jeunes ont 4,7 fois plus de chances d’être au chômage que les adultes. Mais la crise de l’emploi des jeunes ne se limite pas à une région ou aux pays en développement : dans la zone Euro, le chômage touche désormais un jeune sur cinq, et dans certains pays, le chiffre est encore plus élevé.
Et même dans les pays où les jeunes semblent relativement épargnés par le chômage, les statistiques cachent parfois une tout autre réalité. L’Organisation internationale du travail (OIT), partenaire de l’initiative Économie verte du PNUE, estime que 28 % environ de tous les jeunes qui travaillent continuent à vivre dans une extrême pauvreté, au sein de foyers survivant avec moins de 1,25 dollar par personne et par jour. Et depuis la crise financière, davantage de jeunes, notamment en Amérique latine et aux Caraïbes, ont uniquement trouvé du travail dans le secteur non officiel, c’est-à-dire « au noir ».
La Déclaration du droit au développement rédigée par les Nations Unies en 1986 stipule que tout le monde doit avoir « l’égalité des chances… dans l’accès aux ressources de base, à l’éducation, aux services de santé, à l’alimentation, au logement, à l’emploi et à une répartition équitable du revenu ». Lorsque les dirigeants du monde se réuniront à Rio en juin 2012, ils devront se poser cette question vitale : Comment développer les économies d’une manière qui génère suffisamment d’emplois décents tout en veillant à ce que l’empreinte écologique de l’humanité ne dépasse pas les limites de la planète ? Et n’oubliez jamais que dans notre monde de 7 milliards d’habitants, 1,3 milliard de personnes sont au chômage total ou partiel et que dans les dix prochaines années, les jeunes seront 500 millions de plus à entrer sur le marché du travail.
Comment la conférence de Rio+20 peut-elle relever ces défis et améliorer la situation de l’emploi à travers le monde ? Et la dimension environnementale, renforcée par Rio, peut-elle contribuer au pilier économique qui soutient le droit au développement, qui est actuellement le privilège de quelques-uns et le rêve et l’espoir de tant d’êtres humains ?
Le rapport du PNUE intitulé Vers une économie verte : pour un développement durable et une éradication de la pauvreté suggère qu’en investissant 2 % du PIB mondial dans dix secteurs clés, et en accompagnant cet investissement de politiques publiques intelligentes, on pourrait développer l’économie mondiale et créer des emplois tout en évitant les chocs et crises de la trajectoire économique actuelle.
En cette Année internationale des forêts, la foresterie est un bon exemple tiré du rapport sur l’Économie verte : dans ce secteur qui représente actuellement 40 milliards de dollars, un investissement annuel supplémentaire correspondant à 0,034 % du PIB mondial pourrait augmenter de 20 % la valeur de la foresterie, qui atteindrait 600 milliards de dollars par an d’ici 2050. Plus de la moitié des fonds seraient investis dans la plantation de forêts sur des terres dégradées. Le reste serait consacré à la conservation des forêts, en recherchant divers objectifs comme la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’amélioration des réserves d’eau. Et il est probable que les emplois dans la foresterie passeraient de 25 millions à 30 millions au moins au niveau mondial.
La réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD ou REDD+), mécanisme issu de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques, constitue une source de financement supplémentaire. Grâce à ce mécanisme, l’Indonésie, qui accueille cette année la Conférence internationale Tunza des jeunes et des enfants, recevra jusqu’à un milliard de dollars de la Norvège. Et le pays est en train de tester des stratégies totalement inédites pour combattre les changements climatiques et pour accélérer l’Économie verte en tant que moyen permettant d’atteindre de grands objectifs du développement durable. Dans le Kalimantan, par exemple, le projet qui consiste à créer un Couloir vert en s’appuyant sur les fonds de la REDD+ est en bonne voie.
En Indonésie, les palmiers à huile, extrêmement lucratifs mais grands moteurs du déboisement, ne seront plantés que sur des terres dégradées. Et le pays a également fait le lien entre la santé des forêts et une exploitation minière plus durable : tout indique que le déboisement des hautes terres provoque une baisse considérable du niveau des rivières durant la saison sèche, ce qui empêche la circulation des barges transportant le minerai depuis la mine. Le transport par barge coûte environ 10 dollars la tonne alors que le coût par la route se situe entre 40 et 60 dollars la tonne – sans compter que la construction de routes est un autre moteur de déboisement. La REDD+ offre donc l’opportunité de limiter le carbone libéré dans l’atmosphère mais aussi de protéger les rivières. Ce faisant, elle préserve la compétitivité du transport fluvial et minimise l’empreinte écologique d’autres industries. L’Indonésie a également demandé l’aide de la REDD+ pour créer des emplois dans la gestion des ressources naturelles pour les travailleurs des villes situées à proximité.
La prochaine génération
À la fin de la conférence Tunza, les jeunes ont publié la déclaration de Bandung, leur participation au processus de Rio+20. Cette déclaration traduit les préoccupations de la prochaine génération de dirigeants quant à l’avenir de la planète et celui de leurs futurs emplois.
L’année 1992 était une époque de reprises en main. Aujourd’hui, un changement de cap s’impose à nouveau. Il faut davantage de justice et passer un nouveau pacte avec le public mondial pour qu’il sache que nous allons vers un progrès social qui puisse soutenir la vie, les moyens d’existence et les espoirs de cette génération et des suivantes. Le moment est venu d’adopter un droit au développement axé sur le long terme et non sur un enrichissement le plus rapide possible.
Les deux ou trois dernières années ont été marquées par la peur, les paroles dures et pour certains, par un sentiment d’impuissance face à la crise financière mondiale et à d’autres défis – comme les changements climatiques par exemple. Mais elles ont aussi été extraordinairement fécondes en débats intellectuels et en discussions qui ont permis à de très nombreuses idées novatrices et constructives d’émerger au sein des gouvernements, des universités, des organisations non gouvernementales, des associations et des entreprises, au sein même des Nations Unies et à travers la vision unique des jeunes du monde entier.
RIO+20 nous donne maintenant matière à réflexion. C’est le moteur et le point focal de cette prise de conscience mondiale, de ce sentiment qu’il faut laisser derrière nous une époque révolue pour entrer dans une nouvelle civilisation plus optimiste. Le Brésil, qui accueille le Sommet de la Terre de Rio 2012, fait vraiment partie de ce riche débat.
Rio+20 pourrait-il représenter un moment dans le temps où les idées, directions et valeurs qui lient toute l’humanité – et qui ont bien évolué depuis la naissance des Nations Unies – arriveront à maturité et porteront finalement leurs fruits ? C’est ce que les jeunes – et le reste du monde – sauront dans quelques mois.

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