Les Casques bleus se mettent au vert

Sophie Ravier, 33 ans, est chargée de l’environnement au sein du département d’appui aux missions de l’ONU, en charge du soutien logistique des Casques bleus. TUNZA lui a demandé quel était le rapport entre le maintien de la paix, les conflits et l’environnement.

Dans quelle mesure les ressources naturelles sont-elles à l’origine des conflits ?

Les facteurs environnementaux ne sont pour ainsi dire jamais la seule cause des conflits violents. Mais le PNUE a participé à une étude récente qui suggère qu’au cours des 60 dernières années, 40 % au moins de tous les conflits intérieurs avaient un lien avec les ressources naturelles. Depuis 1990, 18 conflits violents au moins ont été alimentés par l’exploitation de ressources à « haute valeur », comme le bois, les diamants, l’or, les minerais et le pétrole – ou rares, comme les terres fertiles et l’eau. Les changements climatiques sont eux aussi considérés comme un « multiplicateur des risques », dans la mesure où ils exacerbent les menaces liées à la pauvreté persistante ou à la faiblesse des organismes de gestion des ressources.

Qu’entend-on par maintien de la paix de l’ONU ?

C’est une façon d’aider les pays déchirés par des conflits à créer les conditions d’une paix durable. En 1948, pour la première fois, le Conseil de Sécurité a déployé des observateurs militaires de l’ONU pour surveiller l’armistice entre Israël et ses voisins arabes. Depuis, l’ONU a envoyé 63 missions de maintien de la paix à travers le monde.

Keeping the peace

UN Photo/Albert Gonzalez Farran

Les opérations sur le terrain ont évolué : au départ missions « traditionnelles », impliquant des tâches strictement militaires, elles sont aujourd’hui « multidimensionnelles » et facilitent l’application d’accords de paix complets en jetant les bases d’une paix durable. Les Casques bleus – civils, policiers et militaires – sont polyvalents : ils aident à bâtir des organisations durables de gouvernance, surveillent les droits humains, réforment le secteur de la sécurité, et se chargent du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration des combattants dans la
vie civile.

Quel impact le maintien de la paix a-t-il sur l’environnement ?

Souvent, les pays dans lesquels des milliers de Casques bleus sont déployés ont très peu d’infrastructures. La présence des Casques bleus génère des déchets qui, s’ils sont mal gérés, peuvent avoir un impact sur l’environnement local. De plus, les missions provisoires de maintien de la paix déployées dans des régions reculées produisent généralement leur propre énergie en utilisant de grandes quantités de carburant : elles émettent des gaz à effet de serre et polluent parfois les sols.

Dans les régions où l’eau est rare comme le Darfour ou le Tchad, la communauté locale peut voir la mission de l’ONU comme une concurrente. Nous devons donc gérer soigneusement toutes les ressources pour éviter les éventuelles tensions.

Quelles mesures prenez-vous pour rendre les missions de maintien de la paix plus durables ?

Nous avons compris qu’il faut réduire l’empreinte environ­nementale des Casques bleus. En 2009, nous avons donc élaboré une politique environnementale interne, qui concerne les déchets, l’énergie, l’eau, les substances dangereuses, la faune et la flore sauvages, et la gestion des ressources culturelles et historiques. Un responsable de l’environnement sera nommé pour chaque mission.

L’UNMIS en mission au Soudan utilise désormais des équipements de traitement des eaux usées, ce qui permet de réduire la consommation d’eau. Et comme d’autres ailleurs, l’UNMIT du Timor-Leste a participé à la Journée mondiale de l’environnement. En 2009, 13 missions ont pris part à la campagne du Milliard d’arbres du PNUE, promettant et plantant 117 848 arbres.

Le caractère écologique des missions de maintien de la paix peut-il avoir un impact sur le pays hôte une fois la mission terminée ?

C’est vraiment trop tôt pour le dire, mais il est certain qu’en pratiquant une gestion environnementale saine et en montrant le bon exemple au sein de ses activités, l’ONU aura sans doute une influence positive sur les populations locales, ce qui devrait faciliter la transition entre le rétablissement post-conflit et le développement durable après le départ des Casques bleus.

Pour te renseigner sur les missions de maintien de la paix de l’ONU, consulte www.un.org/fr/peacekeeping ; pour en savoir plus sur le service de Sophie, consulte www.un.org/fr/peacekeeping/dfs.shtml ; et pour découvrir ce que l’ONU fait pour limiter ses émissions de CO2, va sur www.greeningtheblue.org/what-the-un-is-doing/department-peacekeeping-operations-dpko.
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