Cartes gagnantes

Dans les premières heures déterminantes qui suivent une catastrophe, l’acheminement des secours dépend de la qualité des cartes dont on dispose. Pourtant, il y a cinq ans à peine, les cartes détaillées ne couvraient encore que 15 % du monde.

Haiti map

Vue satellite de Port-au-Prince (à gauche), et cartographie effectuée par des internautes (à droite). Cette zone était relativement bien cartographiée avant le tremblement de terre, mais lorsque la catastrophe s’est produite, des utilisateurs ont rapidement amélioré les cartes en ajoutant les hôpitaux, les camps de secours et les écoles. Google 2010.

« La cartographie était un processus lent et coûteux, effectué par un personnel spécialement formé, issu à l’origine de l’armée », explique Lalitesh Katragadda, cofondateur de Google Inde et principal concepteur de Map Maker. Cet outil internet permet aux particuliers du monde entier de contribuer à l’élaboration des cartes. « À l’origine, la cartographie servait d’une part à faciliter l’accès aux ressources naturelles, et d’autre part à assurer la sécurité des États. Les considéra­tions modernes, comme le développement et les besoins des populations, n’étaient pas vraiment prises en compte. Dans bien des pays, notamment dans le monde en développement, nous utilisons encore des cartes datant des 19e et 20e siècles. »

Mais les satellites n’enregistrent-ils pas chaque millimètre de la planète ? « Exact », reconnaît Lalitesh, « mais si l’imagerie satellite indique la présence d’une route, elle ne dit rien de son état. Et elle ne permet pas d’identifier les écoles, les hôpitaux, les infrastructures d’approvisionnement en électricité ou en eau, etc. »

L’idée de Map Maker est de combler cette lacune : grâce aux progrès réalisés dans l’imagerie satellite haute résolution et dans les techniques de cartographie, toute personne ayant accès à un ordinateur et à Internet peut désormais contribuer à l’évolution des cartes. « C’est facile : tu vas sur le site Map Maker et tu cherches l’image satellite de ton lieu de vie », explique Lalitesh. « Tu regardes le réseau routier existant et tu ajoutes des points de repère. S’il manque une route ou un chemin, tu peux améliorer la carte. En général, quand quelqu’un commence, d’autres personnes ont envie d’ajouter des informations, et la carte devient rapidement très précise. Des mécanismes internes nous permettent de vérifier le bien-fondé des informations, qui sont alors transmises à notre service annexe Google Maps. »

Map Maker a été utilisé pour la première fois en mai 2008, pour porter secours aux populations du Myanmar touchées par le cyclone Nargis. La catastrophe avait fait quelque 80 000 morts et 60 000 disparus, et jusqu’à 2,5 millions de personnes avaient été durement frappées. « Moins de 12 heures après le cyclone, s’apercevant qu’il n’existait pas de cartes du pays, les Nations Unies ont contacté Google Maps. Nous avons obtenu les auto­risations nécessaires et en quatre jours, nous avons réussi à tracer la carte de 3 000 points logistiques, hôpitaux, routes principales et cours d’eau. La majeure partie du travail s’est effectuée à l’extérieur du pays, mais ce sont les populations sur place qui ont fourni une partie des informations. »

Le lancement public de Map Maker date de juin 2008. Le service s’est progressivement étendu à plus de 150 pays, en privilégiant ceux en développement. « Nous avions déjà travaillé sur Haïti, et quand le tremblement de terre a frappé le pays, nous disposions de cartes relativement précises. Nous les avons rendues accessibles au téléchargement et les avons aussi téléchargées sur les téléphones Google pour faciliter la tâche des secours. Et des bénévoles nous informaient constamment de tous les changements dans les infrastructures de l’île. »

Google est également en train de travailler avec les Nations Unies à la création de cartes d’intervention en cas de sinistre. « Il est valorisant pour nous de constater que moins de 60 jours après le lancement de Map Maker dans diverses régions du monde, le système avait déjà permis aux Nations Unies de créer 40 cartes d’intervention en cas de sinistre », explique Lalitesh.

Malgré les progrès réalisés, Map Maker n’a jusqu’ici augmenté que de 15 % le territoire bénéficiant de cartes relativement précises, ce qui signifie que 70 % du monde ne sont pas encore cartographiés. « Ce n’est pas rapide », concède Lalitesh, mais il ajoute : « Tu peux toi aussi participer. Tu choisis un pays que tu connais. Nous avons particulièrement besoin de l’aide de gens qui sont allés dans des pays d’Afrique dans lesquels les connexions internet ne sont pas très bonnes. Il nous faudrait surtout les noms des rues, les hôpitaux et les établissements scolaires. Ce sont les infrastructures qui comptent le plus en cas de catastrophe. »

Tu trouveras un bon exemple de cartographie d’intervention d’urgence avant/après sur www.unitar.org/unosat-and-google-shape-future-geographic-information-emergency-response.

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